« Bouchées Doubles au volant du bulldozer, Apartheid dans un Compact Disc laser... »
(Merci à Moooonsieur Zaouiche qui a facilité à son insu mon accroche)
Des phrases-chocs en guise de par-chocs, des grosses rimes qui s'impriment dans la rétine, il y en a... en veux-tu en voilà...
Adepte des mots efficaces et des initiatives saines et ambitieuses, c'est à la fois mon c½ur et ma sensibilité artistique qui ont été atteint par l'album Apartheid de Bouchées Doubles.
Fort d'une expérience emmagasinée suite aux sorties du maxi Quand Ruines et Rimes s'Rallient et du EP Matière Grise, le duo le plus décousu du rap français nous a amené de fil en aiguille à un album qui transpire la vérité.
Ce CD riche de 14 titres déroutants et envoûtants nous transporte sur un étroit territoire où la mélancolie flirte avec l'ironie, où les mesures d'espoirs embrassent la réalité d'un monde à deux vitesses...
Le changement de blase (Pad aka Tiers-Monde ; Ibrah aka Porte-Drapeau) symbolise la volonté farouche de s'impliquer de manière plus évidente qu'un ponctuel couplet revendicatif. Apartheid, par ses dénonciations, se situe à des milliards de kilomètres des déclarations démagogiques ou autre non-engagement maladroit qui sont les deux seules voies que les détracteurs du rap ont tendance à prêter à leurs auteurs.
A part ça, on peut ajouter que les soldats (de moins en moins inconnus) de Dîn Records n'ont négligé aucun aspect de ce projet, comme en atteste cette surprenante pochette, où les visages des deux rappeurs sont reliés par des points de suture.
Rentrons dans le vif de la plaie : la musique !
Les productions de Proof confirment que ceux qui parlaient de potentiel peuvent désormais appeler ça un talent pleinement exploité.
Concernant les lyrics, comme vous le savez, j'ai un détecteur de phases dangereuses dans chaque oreille, et en général, ça facilite la sélection. Mais là, y'en a tellement que si je les mentionnais toutes, elles auraient l'effet inverse du coup de projecteur que je veux leur donner. Tant pis, la fin de l'article sera marquée par une sélection d'une dizaine de mes phases préférées du bum-al.
Pour en revenir à l'aspect musical, il faut avouer que les beat les plus lourds sont ceux réalisés pour « J'annonce la couleur », « Viens », « Négatif » et « Lire entre les lignes » (feat. Médine).
« J'annonce la couleur » nous met effectivement dans le bain, un bain bouillant où Ibrah défonce sévèrement le beat et passe une prod souillée à Tiers-Monde qui lâche sans doute le 16 le plus fracassant de sa carrière (ça n'engage que moi...mais ça m'engage quand même).
Rien n'a été laissé au hasard sur ce projet. Ainsi, en observant de près le tracklisting, on s'aperçoit que les titres des morceaux renvoient au délire de couleur que nécessitait une telle thématique. Certains morceaux font échos à d'autres, on pense ainsi à « Nuit Blanche » qui représente l'équivalent de « Négatif ». On peut également établir un lien entre l'amorce du couplet de Tiers-Monde sur le track 1 (« JE SAIS QUI J'SUIS, J'AI PAS ATTENDU Dieudonné pour être noir, mes ancêtres étaient des accessoires... ») avec les premiers mots d'Ibrah sur la piste 8 (« JE SAIS QUI J'SUIS, J'AI PAS ATTENDU Slim Shady pour être blanc et me servir de ma musique comme un psy... »).
Difficile de faire le tour de cet album sans parler du feat. avec Médine, qui permet de réellement traiter un sujet qui a trop souvent été effleuré par le corps du rap. Sur cette instru guerrière de la moitié blanche de Ness&Cité, les trois maîtres de cérénomie dénoncent à foooond ([à quelle allure vont les problèmes dans nos trains d'vie? à foooonnnnd!) la subjectivité des médias, leur récurrente déformation de l'information, et l'abus de leur pouvoir. La répartition des prises de parole de « Contraste », premier morceau clippé de l'album, témoigne de la créativité et des efforts consentis par les deux rappeurs havrais. Prêt à nous faire partager une page de l'histoire ou à nous plonger dans une sombre description de la réalité urbaine, le duo du MG fait étalage de sa matière grise sur l'ensemble de l'album, mais cet aspect est d'autant plus touchant sur les morceaux « En ton nom » et « Apartheid », point d'orgue et point final du troisième projet de ces équipiers séparés par la couleur, réunis dans la douleur.
Un petit mot sur le message général véhiculé par cet album, qui consiste à dénoncer l'orchestration de nos souffrances, la programmation de nos querelles avec celui que l'on nous présente comme notre ennemi. Ouvrons les yeux sur le fait que les carottes quotidiennes, les problèmes de l'Education Nationale, de la précarité grandissante, de la discrimination, des opinions scandaleuses qu'on nous présente comme des évidences etcetera, existent car certains y trouvent leur compte... Ceux-là se trouvent tout là-haut, et c'est à eux qu'il faut déclarer la guerre.
FIN.
Sans me casser la tête, j'aurais pu vous proposer l'article de cette manière :
PAD (piste 1) : « Dans la musique on s'intègre, mais le seul noir qu'a un bon contrat c'est Pascal Nègre.» ... « Poussez mon peuple à poil dans les horties c'est l'Apartheid, les mc's repoussent leur date de sortie. »
PAD (#4) : « Pourquoi tout c'qui me harram fait du bien ? C'est parce que des démons déguisent le Mal en mannequin. »
PAD (#5) : « On peu élever nos gosses sans Monsieur Drummond, arrête donc de croire que l'on est bon que lorsqu'on féconde... »
IBRAH : « Pour mes potes je n'suis qu'un blanc aux neiges, mais pour les porcs un traître qui traîne avec une bande de nègres. »
PAD (#7) : « Ghetto! En ton nom j'ai vu le sum et des corps dans des coffres, et des jeunes cagoulés près des coffres... »
IBRAH (#8) : « Il est vrai qu'on est fier et même lorsque l'on est faible, rien sur nous n'apparaît, nos larmes se cachent comme Ben Laden. »
PAD (#8) : « La vie est belle mais c'est pas une meuf à khêl ! Y'a qu'lorsque l'on crève qu'elle nous roule une pelle. »
PAD (#10) : « Tu viens d'te convertir, à t'entendre t'es 'Saddam Hussein Laden'! Reste tranquille, être muslim c'n'est pas être la Haine! »
...
« Y'a aucun gangster qui rape c'est clair? Les vrais n'écrivent pas d'vers mais vont les nourrir sous terre. »
MEDINE (#13) : « J'ai le regard du Noir dans les plantations du Sud, du Blanc qu'ils ont parqué dans les ZUP... »
IBRAH (#13) : « Qu'ils étudient de près le sens profond de nos propos... n'en dis pas trop, les murs ont des micros... »
PAD (#14) : « Etre Noir en France c'est vraiment trop d'soucis, j'te jure si j'allais voir un psy il irait voir un psy... » ... « Après l'Euro il faudrait créer l'Afro, voilà c'que j'me disais, solidaires entre Négros... »
IBRAH (#14) : « Ne crois pas qu'on se ressemble tous, sinon autant dire que sous chaque Noir se cache un Mobutu... »
Molo Bolo, j'ai même les gimmicks dans la tête, mais croyez-moi, ce concert de louanges est légitime...
(Merci à Moooonsieur Zaouiche qui a facilité à son insu mon accroche)
Des phrases-chocs en guise de par-chocs, des grosses rimes qui s'impriment dans la rétine, il y en a... en veux-tu en voilà...
Adepte des mots efficaces et des initiatives saines et ambitieuses, c'est à la fois mon c½ur et ma sensibilité artistique qui ont été atteint par l'album Apartheid de Bouchées Doubles.
Fort d'une expérience emmagasinée suite aux sorties du maxi Quand Ruines et Rimes s'Rallient et du EP Matière Grise, le duo le plus décousu du rap français nous a amené de fil en aiguille à un album qui transpire la vérité.
Ce CD riche de 14 titres déroutants et envoûtants nous transporte sur un étroit territoire où la mélancolie flirte avec l'ironie, où les mesures d'espoirs embrassent la réalité d'un monde à deux vitesses...
Le changement de blase (Pad aka Tiers-Monde ; Ibrah aka Porte-Drapeau) symbolise la volonté farouche de s'impliquer de manière plus évidente qu'un ponctuel couplet revendicatif. Apartheid, par ses dénonciations, se situe à des milliards de kilomètres des déclarations démagogiques ou autre non-engagement maladroit qui sont les deux seules voies que les détracteurs du rap ont tendance à prêter à leurs auteurs.
A part ça, on peut ajouter que les soldats (de moins en moins inconnus) de Dîn Records n'ont négligé aucun aspect de ce projet, comme en atteste cette surprenante pochette, où les visages des deux rappeurs sont reliés par des points de suture.
Rentrons dans le vif de la plaie : la musique !
Les productions de Proof confirment que ceux qui parlaient de potentiel peuvent désormais appeler ça un talent pleinement exploité.
Concernant les lyrics, comme vous le savez, j'ai un détecteur de phases dangereuses dans chaque oreille, et en général, ça facilite la sélection. Mais là, y'en a tellement que si je les mentionnais toutes, elles auraient l'effet inverse du coup de projecteur que je veux leur donner. Tant pis, la fin de l'article sera marquée par une sélection d'une dizaine de mes phases préférées du bum-al.
Pour en revenir à l'aspect musical, il faut avouer que les beat les plus lourds sont ceux réalisés pour « J'annonce la couleur », « Viens », « Négatif » et « Lire entre les lignes » (feat. Médine).
« J'annonce la couleur » nous met effectivement dans le bain, un bain bouillant où Ibrah défonce sévèrement le beat et passe une prod souillée à Tiers-Monde qui lâche sans doute le 16 le plus fracassant de sa carrière (ça n'engage que moi...mais ça m'engage quand même).
Rien n'a été laissé au hasard sur ce projet. Ainsi, en observant de près le tracklisting, on s'aperçoit que les titres des morceaux renvoient au délire de couleur que nécessitait une telle thématique. Certains morceaux font échos à d'autres, on pense ainsi à « Nuit Blanche » qui représente l'équivalent de « Négatif ». On peut également établir un lien entre l'amorce du couplet de Tiers-Monde sur le track 1 (« JE SAIS QUI J'SUIS, J'AI PAS ATTENDU Dieudonné pour être noir, mes ancêtres étaient des accessoires... ») avec les premiers mots d'Ibrah sur la piste 8 (« JE SAIS QUI J'SUIS, J'AI PAS ATTENDU Slim Shady pour être blanc et me servir de ma musique comme un psy... »).
Difficile de faire le tour de cet album sans parler du feat. avec Médine, qui permet de réellement traiter un sujet qui a trop souvent été effleuré par le corps du rap. Sur cette instru guerrière de la moitié blanche de Ness&Cité, les trois maîtres de cérénomie dénoncent à foooond ([à quelle allure vont les problèmes dans nos trains d'vie? à foooonnnnd!) la subjectivité des médias, leur récurrente déformation de l'information, et l'abus de leur pouvoir. La répartition des prises de parole de « Contraste », premier morceau clippé de l'album, témoigne de la créativité et des efforts consentis par les deux rappeurs havrais. Prêt à nous faire partager une page de l'histoire ou à nous plonger dans une sombre description de la réalité urbaine, le duo du MG fait étalage de sa matière grise sur l'ensemble de l'album, mais cet aspect est d'autant plus touchant sur les morceaux « En ton nom » et « Apartheid », point d'orgue et point final du troisième projet de ces équipiers séparés par la couleur, réunis dans la douleur.
Un petit mot sur le message général véhiculé par cet album, qui consiste à dénoncer l'orchestration de nos souffrances, la programmation de nos querelles avec celui que l'on nous présente comme notre ennemi. Ouvrons les yeux sur le fait que les carottes quotidiennes, les problèmes de l'Education Nationale, de la précarité grandissante, de la discrimination, des opinions scandaleuses qu'on nous présente comme des évidences etcetera, existent car certains y trouvent leur compte... Ceux-là se trouvent tout là-haut, et c'est à eux qu'il faut déclarer la guerre.
FIN.
Sans me casser la tête, j'aurais pu vous proposer l'article de cette manière :
PAD (piste 1) : « Dans la musique on s'intègre, mais le seul noir qu'a un bon contrat c'est Pascal Nègre.» ... « Poussez mon peuple à poil dans les horties c'est l'Apartheid, les mc's repoussent leur date de sortie. »
PAD (#4) : « Pourquoi tout c'qui me harram fait du bien ? C'est parce que des démons déguisent le Mal en mannequin. »
PAD (#5) : « On peu élever nos gosses sans Monsieur Drummond, arrête donc de croire que l'on est bon que lorsqu'on féconde... »
IBRAH : « Pour mes potes je n'suis qu'un blanc aux neiges, mais pour les porcs un traître qui traîne avec une bande de nègres. »
PAD (#7) : « Ghetto! En ton nom j'ai vu le sum et des corps dans des coffres, et des jeunes cagoulés près des coffres... »
IBRAH (#8) : « Il est vrai qu'on est fier et même lorsque l'on est faible, rien sur nous n'apparaît, nos larmes se cachent comme Ben Laden. »
PAD (#8) : « La vie est belle mais c'est pas une meuf à khêl ! Y'a qu'lorsque l'on crève qu'elle nous roule une pelle. »
PAD (#10) : « Tu viens d'te convertir, à t'entendre t'es 'Saddam Hussein Laden'! Reste tranquille, être muslim c'n'est pas être la Haine! »
...
« Y'a aucun gangster qui rape c'est clair? Les vrais n'écrivent pas d'vers mais vont les nourrir sous terre. »
MEDINE (#13) : « J'ai le regard du Noir dans les plantations du Sud, du Blanc qu'ils ont parqué dans les ZUP... »
IBRAH (#13) : « Qu'ils étudient de près le sens profond de nos propos... n'en dis pas trop, les murs ont des micros... »
PAD (#14) : « Etre Noir en France c'est vraiment trop d'soucis, j'te jure si j'allais voir un psy il irait voir un psy... » ... « Après l'Euro il faudrait créer l'Afro, voilà c'que j'me disais, solidaires entre Négros... »
IBRAH (#14) : « Ne crois pas qu'on se ressemble tous, sinon autant dire que sous chaque Noir se cache un Mobutu... »
Molo Bolo, j'ai même les gimmicks dans la tête, mais croyez-moi, ce concert de louanges est légitime...


